Interview : Christine Boutin












Interview pour ViePolitique.net de Christine Boutin, candidate à la présidentielle de 2002, ancienne ministre, ancienne députée, et présidente du PCD (Parti Chrétien Démocrate)



[Interview publiée le 29 Juillet 2010]


ViePolitique.net- Bonjour Christine Boutin
C. Boutin- Bonjour

ViePolitique.net- Vous avez fondé un nouveau mouvement politique il y a quelques mois (le parti chrétien-démocrate), pourquoi ? Votre position vis-à-vis de l'UMP a-t-elle changé ?
C. Boutin- Le parti que j'ai créé en 2002 a simplement changé de nom en 2009 pour s'appeler désormais "Parti Chrétien-Démocrate" (PCD). Nous sommes à l'origine de l'UMP puisque nous en sommes co-fondateur. Nous sommes depuis et demeurons, sous forme de parti associé, un partenaire actif et indépendant, mais loyal, de l'UMP.
Pourquoi avoir changé de dénomination ? La période de mutation et de crise que notre société traverse, appelle la clarté. Qui sommes-nous ? Quelles valeurs portons-nous ? Quels sont les fondements de notre histoire commune ? Au PCD, nous avons conscience d'être héritiers et créateurs : porteurs de valeurs qui ont nourris notre pays, nous devons trouver pour le 21è siècle comment les faire vivre dans un monde profondément renouvelé !

ViePolitique.net- Serez-vous candidate à l'élection présidentielle de 2012?
C. Boutin- Les valeurs et les propositions du PCD ne peuvent pas être absentes de cette échéance car je suis convaincue qu'elles sont au coeur des solutions adaptées à ce nouveau siècle. Nous développerons ces points lors d'une université d'été en 2011. Soit le candidat de la droite fait le choix clair de les défendre, soit le PCD fera le choix d'avoir son propre candidat ! D'une manière ou l'autre, nous serons présents et pèserons dans cette échéance majeure pour notre pays.

ViePolitique.net- Que pensez-vous de la réforme des retraites proposée par éric Woerth ? Cette réforme est-elle, selon vous, juste ?
C. Boutin- Les constats sont simples : la durée de vie s'allonge, le rapport travail/loisirs a été bouleversé et notre renouvellement démographique n'est pas encore suffisamment dynamique. Il faut être aveugle ou inconscient pour ne pas voir que cette réforme est indispensable, bien que difficile certes. Comment résoudre cette "équation" sans être obligé d'allonger la durée du travail ? à ce stade des débats, je voudrais quand même regretter que la réforme ne prenne pas assez en compte la dimension familiale et démographique dans une politique de répartition qui reste l'option la plus juste. J'espère que les parlementaires veilleront à ce que la "famille" ne soit pas encore une fois sacrifiée sur l'autel d'une fausse rentabilité.

ViePolitique.net- Le Président de la République vous a confié une mission sur le thème "Justice sociale et mondialisation". En quoi consiste-t-elle ?
C. Boutin- Le mouvement qui tend à la mondialisation des questions politiques et économiques est inéluctable. Se pose donc la question de l'articulation de cette mondialisation, celle de la "gouvernance", pour que celle-ci cesse de fonctionner, comme on peut tristement le constater, contre les hommes. A ce stade, le "grand marché du monde" tend à enrichir les riches même et surtout dans les pays pauvres, et à appauvrir les pauvres même et surtout dans les pays riches ... Creuser autant d'écarts et donc d'injustices : ce n'est plus possible ! Je ferai donc des propositions d'ordre politique répondant à ces questions de gouvernance mais aussi en rapport avec la prise en compte du travail et de son statut, de la répartition des richesses, de l'articulation entre les grandes organisations mondiales responsables des équilibres internationaux, sans omettre les questions de migrations et d'alimentations qui sont aussi au coeur de ces enjeux. En filigrane de cette mission se dessine en réalité la question des conditions nouvelles favorisant la paix dans le monde : je suis très heureuse que le Président de la République ait pu considérer que je puisse, dans la perspective du calendrier du G20 que la France va présider pour 1 an à partir de novembre de cette année, apporter des éclairages et des idées fortes et innovantes en la matière.

ViePolitique.net- Il y a quelques semaines, vous avez vous aussi été dans la tourmente suite à la divulgation dans la presse d'une rémunération de 9500€ pour cette mission. Depuis, vous avez renoncé à cette rémunération et vous menez cette mission de manière bénévole. Comment avez-vous vécu cette tempête médiatique?
C. Boutin- Ma situation était tout à fait légale : une retraite de parlementaire pour laquelle j'ai cotisé durant presque 25 ans, une indemnité de conseiller général dans les Yvelines, département pour lequel je m'investie depuis 28 ans ! Et un travail pour lequel je me suis mobilisée et investie depuis décembre 2009 ... sans encore connaître le montant de la rémunération correspondante. Et cela "sort" dans les medias ! Je ne sais pas qui accepterait aussi facilement telle invraisemblance ? Mais la situation actuelle est marquée par un défi : celle de la souffrance de nombreux compatriotes qui subissent durement les effets d'une crise qui dure et va durer. Les politiques doivent montrer qu'ils ne s'accrochent pas d'abord à leur statut mais qu'ils donnent d'eux-mêmes, pour fixer un cap. C'est pourquoi j'ai choisi de montrer une nouvelle fois que je ne suis pas une femme d'argent. J'ai donc, seule et en mon âme et conscience, pris en à peine quelques heures cette décision que j'ai fait savoir aux français par une intervention au "20 heures" sur France 2, de piloter cette mission en étant bénévole, à titre gracieux. Je me suis ainsi mis en situation de travailler encore plus librement pour montrer que le monde que nous construisons doit faire plus de place aux valeurs de gratuité et de don. La crise impose de nouveaux fonctionnements. Mais faisons bien tous attention à ce que le populisme ambiant ne prenne pas le pas sur la légalité et la justice. Les dérives pourraient être graves !

ViePolitique.net- Nicolas Sarkozy a-t-il pris les bonnes mesures après la crise ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?
C. Boutin- Pourquoi dire "après la crise" ? Voilà encore un propos que bon nombre de français ne sauront admettre. Car leur quotidien n'est pas encore celui d'une après-crise. Je reste convaincue que la crise n'est pas terminée, ni dans ses mécanismes, ni dans ses effets. Mais pour répondre à votre question, s'il y a bien un trait de caractère que tout le monde reconnaît à Nicolas Sarkozy, c'est la réactivité. Et il a une nouvelle fois prouvé qu'il excellait sur ce terrain. Reste que les restrictions budgétaires ne pourront répondre seules au défi que cette crise nous lance. La relance n'est pas dans le recroquevillement. Elle est dans l'innovation, la créativité. Voilà ce qui ferait une belle feuille de route pour un ministère de la relance annoncé "sortant" alors qu'il faudrait le renforcer !

ViePolitique.net- Le gouvernement a choisi de mener une politique d'austérité, certains parlent même de rigueur. Pensez-vous que ce soit le bon moment pour mettre en place une politique de réduction des dépenses publiques ?
C. Boutin- Il est de notre responsabilité de politiques de ne pas être "à côté de la plaque" et de veiller à être exemplaires. Les français souffrent, je l'ai dit. Les élites doivent donc montrer de la mesure, s'adapter. Je crois profondément que la noblesse du politique, et donc de l'administration qui l'accompagne, est dans ce rôle de pondération qui vise à l'équité entre tous : soutenir les faibles, modérer les puissants. Comment être crédible dans ce rôle s'il n'est pas joué avec justesse ? Comment être respecté comme "autorité" si elle est exercée déconnectée de la réalité ? Il faut cependant être capable de faire un tri entre les vrais gaspillages et les dépenses qui construisent l'avenir ou soutiennent la consommation ... Si les symboles sont importants, ils ne doivent devenir l'alibi permanent d'une politique qui s'affiche plus qu'elle ne bâtit.

ViePolitique.net- Êtes-vous toujours opposée au PACS ?
C. Boutin- Oui. Même s'il se vérifie que les français ont drôlement adopté ce dispositif puisqu'au contraire de ce qui a prévalu à son adoption parlementaire, c'est-à-dire une soi-disant nécessité de légiférer pour protéger les couples homosexuels, le PACS est aujourd'hui utilisé à 94% par des couples hétérosexuels. Cela m'amène donc à deux conclusions.
D'abord, que les lobbies homosexuels, minoritaires même dans leur propre "camp", vont continuer de revendiquer toujours plus. Le PACS n'était pour eux qu'une étape vers la banalisation -et donc une "dissolution de fait"- du mariage et une ouverture vers l'adoption d'enfants par des couples homosexuels. J'avais alerté à l'époque ! Et c'est bien ce qui se passe aujourd'hui ...
Ensuite, parce que la création du PACS a eu pour conséquence de faire croire que l'engagement d'un homme et d'une femme dans le mariage pouvait avoir une alternative plus libérale : celle d'un simple contrat comme dans le domaine du business. Ce qui met le couple, et donc la famille qui en découle, dans le même champ réglementaire que celui qui régit le domaine de la consommation : "je prends, je jette" ... Je vois-là en réalité une régression car le plus faible est encore moins protégé. Et se sont bien trop souvent les femmes qui trinquent. Et que dire des enfants aussi !
Oui, je continue de penser que le PACS était un "OVNI législatif" car inutile et illusoire. S'il fallait agir pour répondre au souhait légitime de couples quels qu'ils soient de se donner plus de possibilités de legs, par exemple, il aurait suffit de renforcer les outils réglementaires que savent conseiller et mettre en oeuvre les notaires ! Et je crois que le politique doit aujourd'hui réagir avec vigueur en défendant notamment une revalorisation du mariage civil qui doit être mieux préparé et célébré qu'il ne l'est aujourd'hui.

ViePolitique.net- Vous avez beaucoup travaillé sur la question des prisons et des conditions de détentions ? Que proposez-vous sur ce sujet ?
C. Boutin- Vous savez, la prison n'intéresse pas grand monde. Et pourtant, regardons cet univers carcéral de plus près : quel miroir de notre société ! Ce chantier est d'une grande urgence et plus capital qu'il n'en paraît pour notre pays. Soyons lucides : si la privation de libertés est une sanction indispensable dans nombre de cas, et la Justice avec les forces de l'ordre font ce qu'ils peuvent et avec sérieux, il est avéré que l'enfermement et les conditions qui l'accompagnent, malgré là encore le travail difficile et ingrat mené par l'Administration pénitentiaire et les associations qui s'investissent dans ce domaine, ne sont pas toujours adaptés. Ceux qui vont en prison doivent aussi pouvoir en sortir en se réinsérant, sans quoi cela ne sert à rien. Il faut retrouver le sens de la peine exécutée et refonder un pacte de réinsertion des détenus. Je préconise depuis quelques mois, et j'en ai fait la proposition au Chef du Gouvernement comme à l'élysée, que soit créé, en parallèle du Ministère de la Justice, un Ministère de la Médiation et de la Probation. Cette décision me paraît capitale pour pouvoir réformer sur le fond, en amont comme en aval de l'action libre et objective de la Justice, notre approche de la résolution des conflits et injustices de tous ordres, des plus mineurs au plus graves, qui minent le quotidien des français et fragilisent notre paix sociale.

ViePolitique.net- La dernière question n'en est pas une puisque c'est une tribune libre dans laquelle vous pouvez aborder un sujet de votre choix.
C. Boutin- Au-delà de mon enthousiasme indéfectible à servir mon pays et ce peuple de France que j'aime, je suis inquiète. Là où l'élan devrait être vibrant et contagieux, l'opinion est courbée par des sentiments de jalousie exacerbée, des relents de délation minable, et minée par une désespérance qui ne pourra pas donner des ailes à notre France ! J'en appelle à un sursaut des responsables de ce Pays pour que l'exercice de la liberté ne soit réduit à des enjeux sécuritaires, que la mesure de la réussite collective ne soit pas limitée à la modélisation d'un PIB dépassé, que la fraternité ne soit pas caricaturée par un abandon de notre culture commune fondatrice, que la vie politique ne se limite pas à des petites phrases à l'emporte-pièces. Notre pays est beau, grand, noble. Qu'il retrouve sa jouvence et son rayonnement !

ViePolitique.net- Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions
C. Boutin- Merci à vous, aurevoir !




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