Interview : Pierre Laurent


Interview pour ViePolitique.net de Pierre Laurent, secrétaire national
du PCF (Parti Communiste Français)
ViePolitique.net- Bonjour Pierre Laurent
P. Laurent- Bonjour
ViePolitique.net- Vous venez de prendre la tête du PCF, des changements vont-ils avoir lieu au sein du parti ou serez-vous dans la continuité de l'action de Marie-George Buffet ?
P. Laurent- Transformer le PCF est le mandat pour lequel j'ai été élu. Nous avons changé d'époque et le temps où le capitalisme se posait comme un horizon indépassable est révolu. Il s'agit aujourd'hui d'inventer une société libérée de la loi des marchés et de toutes formes d'exploitation et de domination. Pour être utile à cela, le PCF renouvelle son projet et ses pratiques ; cela veut dire un parti qui encourage et valorise la réflexion et les échanges, la prise d'initiative et l'action militante, l'apport individuel et le travail collectif, le débat et la prise de décision démocratiques, les compétences et les capacités de ses membres et qui leur permet de les approfondir. Un parti qui est du combat présent contre les injustices et qui, en même temps, inscrit son intervention dans une perspective révolutionnaire, en rupture avec le capitalisme. Sous l'impulsion de Marie-George Buffet, le PCF a su évoluer ces dix dernières années tout en préservant son unité, stabiliser sa capacité militante, promouvoir une nouvelle génération de responsables et tout en étant des grands moments de luttes que notre pays a connu. Ces130 000 femmes et hommes d'âges, d'horizons et d'expériences divers forment un collectif qui s'est déjà beaucoup renouvelé et disposent d'une grande énergie pour préciser et populariser le projet communiste du 21e siècle.
ViePolitique.net- Les résultats électoraux du PCF sont en baisse depuis plusieurs années. Votre alliance avec le « Parti de Gauche » de Jean-Luc Mélenchon a plutôt bien fonctionné lors des récents scrutins. Comptez-vous continuer dans cette voie-là pour les scrutins futurs ?
P. Laurent- Oui, mais il s'agit de bien plus que d'une alliance bipartite : le Front de gauche est une dynamique de rassemblement qui s'étend, au-delà de nos seules formations, à d'autres organisations politiques, comme la Gauche unitaire, et à des militants et des responsables associatifs et syndicaux qui souhaitent que la gauche mette en œuvre une politique en rupture avec les dogmes libéraux. Ce rassemblement populaire possède un gros potentiel de développement s'il privilégie l'intervention citoyenne. Il constitue à nos yeux la voie à prendre si nous voulons vraiment que les choses changent dans ce pays. Lors de la dernière Fête de l'Humanité, nous avons lancé un appel aux citoyens, notamment aux acteurs du mouvement social en lutte contre la réforme gouvernementale des retraites, à se mêler dès maintenant directement du débat politique ; à passer ensemble un pacte d'union populaire qui énoncerait ce que la gauche devrait faire si elle gagnait les élections en 2012 pour défaire le pacte de l'argent scellé par Sarkozy et le Médef au Fouquet's en 2007.
ViePolitique.net- Serez-vous candidat à l'élection présidentielle de 2012 ? Le PCF participera-t-il à la primaire organisée par les socialistes ou s'alliera-t-il une nouvelle fois à Jean-Luc Mélenchon ?
P. Laurent- Pour ma part, je soutiendrai le candidat ou la candidate que le Front de gauche désignera au terme du processus de construction de ses propositions et de son projet politique. Je ne doute pas qu'il ou elle sera choisie parce qu'il ou elle sera le ou la mieux placée pour représenter le rassemblement populaire du Front de gauche et l'alternative à la droite qu'il incarne. Jean-Luc Mélenchon fait partie des possibilités qui s'offrent à nous, ainsi que celle du député communiste André Chassaigne ; quoi qu'il en soit, nous serons tous dans le Front de gauche. Nous n'avons donc aucune raison, vous voyez, d'intervenir dans le processus de désignation du candidat du Parti socialiste qui ne résume pas, à lui seul, ce qui se construit à gauche.
ViePolitique.net- Que pensez-vous de la réforme des retraites proposée par le gouvernement ? Pensez-vous que Nicolas Sarkozy peut céder à la pression de la rue et retirer sa réforme ? Que proposez-vous pour financer le système de retraites ?
P. Laurent- Ce projet gouvernemental n'a en réalité qu'un seul objectif : baisser significativement le niveau des pensions des futurs retraités. C'est un mauvais projet qui ne résout pas le problème du financement des retraites, qui spolie les salariés et hypothèque l'avenir ; tous les syndicats en ont convenu, cela a été massivement dénoncé et le gouvernement n'est plus en mesure de le nier. Cette réforme est à mettre à la poubelle et une véritable concertation nationale doit maintenant s'ouvrir. La journée du 12 octobre va, compte tenu des annonces de grèves connues à ce jour, peser dans la balance. Les députés du Parti communiste et du Parti de gauche ont, pour leur part, déposé un projet de loi alternative sur le financement des retraites afin de garantir le départ à 60 ans à taux plein. Nous faisons quatre propositions : réformer l'assiette des cotisations patronales ; instaurer une cotisation nouvelle sur les revenus financiers des entreprises et des institutions financières au même taux que la cotisation sociale patronale assise sur les salaires ; supprimer les exonérations de cotisations patronales les entreprises qui ne créent pas d’emploi ; taxer les revenus financiers et moduler au fur et à mesure la cotisation patronale. Ces nouveaux financements associés à une politique de relance de l'emploi qui s'attaquerait à la précarité et augmenterait les salaires aboutiraient à une autre réforme des retraites : juste et solidaire.
ViePolitique.net- Quelle est votre réaction suite aux polémiques de ces dernières semaines qui ont agité le sommet de l'État ? (Affaire(s) Woerth)
P. Laurent- Comme tous les Français, ma première réaction lorsque l'affaire Woerth-Bettencourt a éclaté fut l'indignation. Les relations personnelles et la convergence d'intérêts d'une partie de la classe politique, à droite, et la grande bourgeoisie ne sont pas une nouveauté. La majorité actuelle, très liée aux milieux d'affaires et au grand patronat, mène avec zèle une politique qui répond à leurs seuls intérêts – il n'en demeure pas moins que les pratiques de petits services entre amis, d'attributions complaisantes de récompenses ou de positions, d'exonérations fiscales en échange de soutiens financiers, sont inadmissibles. Le sentiment d'impunité qui s'est répandu chez certains leur ont fait perdre tout sens des responsabilités. Eric Woerth aurait dû avoir la décence de quitter le gouvernement le temps que toute la lumière soit faite sur son cas. Plus fondamentalement, il faudrait engager une refonte de nos institutions qui renforce les pouvoirs des assemblées et en garantisse de nouveaux aux citoyens.
ViePolitique.net- Selon vous comment peut-on lutter contre le chômage en France ?
P. Laurent- En cessant de considérer que c'est en abaissant le coût du travail qu'on améliore la santé économique de notre pays. C'est précisément cette logique qui a conduit à la crise actuelle. Les pouvoirs publics ont une responsabilité majeure pour faire cesser les licenciements dans les entreprises qui font du profit et pour relancer la politique industrielle de la France, s'appuyant notamment sur la valorisation de la recherche et la coopération. Le soutien de l'Etat doit aussi aller aux PME-PMI qui créent de l'emploi, font de la formation professionnelle, respectent l'environnement... L'État lui-même doit être à la hauteur des besoins dans les services et la fonction publics au lieu de détruire 86 000 postes comme il l'a fait depuis 2007. Dans les hôpitaux, l'éducation, les transports, la cote d'alerte est largement atteinte, les conditions de travail des agents sont devenues insupportables et les usagers sont gravement pénalisés. Et puis une exigence fondamentale est apparue au cours de ces dernières années où la souffrance au travail s'est répandue dramatiquement et où le droit à la retraite est remis en cause : sécuriser les parcours professionnels, se former tout au long de sa carrière pour accéder à des emplois à la hauteur de ses compétences et aspirations et qui répondent aux besoins de la société, la font progresser. Des fonds régionaux pour l'emploi et la formation financés en partie par une taxe sur les revenus et transactions financières pourraient servir une telle politique.
ViePolitique.net- Nicolas Sarkozy a-t-il pris les bonnes mesures après la crise ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?
P. Laurent- Mais nous sommes toujours dans la crise. Nicolas Sarkozy a fait de beaux discours mais la folie boursière est en train de reprendre comme s'il ne s'était rien passé. La crise financière montre que nous devons transformer le système bancaire et financier qui aujourd'hui menace des économies nationales entières. Savez-vous que ce sont 5 000 milliards de dollars, soit 10% des richesses de la planète, qui en 18 mois ont alimenté les marchés financiers pour sauver le système bancaire... jamais un tel effort n'a été fait pour sauver des populations de la famine. Les dirigeants capitalistes et les marchés en tirent-ils les enseignements, se remettent-ils en cause ? Pas vraiment. Avec un trader condamné, les banquiers se considèrent quittes envers la société. C'est en renationalisant les banques et en mettant en place un pôle public bancaire qu'on romprait avec la logique néolibérale. En Europe, cela implique une refondation des traités afin que les États, via les banques centrales nationales, reprennent la main sur la monnaie et le crédit.
ViePolitique.net- Le gouvernement a choisi de mener une politique d'austérité, certains parlent même de rigueur, pensez-vous que ce soit le bon moment pour mettre en place une politique de réduction des dépenses publiques ?
P. Laurent- Dominique Strauss-Kahn vient lui-même de reconnaître que les 3 raisons de la crise sont la croissance sans emploi, la chute des recettes fiscales et le coût des restructurations bancaires. C'est à tout cela qu'il faut s'attaquer car c'est la politique du gouvernement, entièrement vouée aux lois du marché, qui est en faillite et aggrave les problèmes économiques au lieu de les résoudre. Pour qu'il y ait croissance forte, il faut sauvegarder et développer l'emploi, soutenir les salaires et orienter les richesses créées vers les besoins sociaux et économiques et non à la spéculation. La politique d'austérité du gouvernement décidée par les ministres européens les 9 et 10 mai derniers, au moment de l'adoption du plan de sauvetage des banques, force les peuples à payer une crise qui les frappe déjà. C'est d'une injustice absolue quand le gouvernement est si complaisant avec les capitalistes : les niches fiscales et sociales des entreprises ont privé le budget de 172 milliards d'euros ; alors en matière de réforme de la fiscalité, tournons-nous donc de ce côté-là !
ViePolitique.net- Que pensez-vous du récent « virage sécuritaire » de la majorité ? Que proposez-vous en la matière ?
P. Laurent- Le discours de Grenoble du président de la République est un amalgame odieux entre immigration et sécurité ; cela n'a rien d'une politique de sécurité. Depuis 2002, 20 lois sur la sécurité ont été adoptées et depuis 2007, 12 000 postes ont été supprimés dans la police nationale ; d'ici 3 ans, 9 000 postes de plus seront détruits. Donc, dans les faits, l'Etat diminue les effectifs et les moyens de la police. La quasi privatisation de la police scientifique ne devrait d'ailleurs pas arranger les choses. Cela a empiré la situation des municipalités qui se trouvent alors seules et sans moyens dans un domaine qui relève de l'Etat. Le gouvernement abandonne aussi les professeurs, les associations, il abandonne les familles, les jeunes. Tout cela finit par produire des situations complexes dont les gens ne voient pas l'issue. Pour battre efficacement la délinquance, le grand banditisme qui sait se servir de la délinquance, pour faire reculer la violence dans une société qui encourage l'argent facile, il faudrait agir simultanément sur plusieurs fronts : augmenter et mieux répartir les effectifs de police, mieux les encadrer aussi, augmenter les moyens de la justice, soutenir activement les actions qui visent à remettre de la vie dans les quartiers, combattre les discriminations et favoriser la mixité sociale.
ViePolitique.net- Le texte d'Éric Besson sur l'immigration et la déchéance de la nationalité vient d'être débattu au parlement, qu'en pensez-vous ?
P. Laurent- De l'aveu même du ministre, les cas de déchéance de nationalité prescrits dans cette loi ne peuvent être qu'exceptionnels, du coup en faire une loi introduit un précédent douteux. Le plus grave dans ce texte est le fait d'introduire une différence dans la loi entre Français. Pour tout dire, cette loi est scélérate et heurte les fondements de notre Constitution et de la République. Ce ministère et les initiatives qu'il prend, qu'il s'agisse de cette loi ou du débat sur « l'identité nationale » sont des gages idéologiques d'un président et d'un gouvernement sectaires qui, pour rappel, parlent du colonialisme, comme d'un « défi de civilisation » (N. Sarkozy, 2007)... L'immigration en France est stable, elle n'est ni massive, ni majoritairement clandestine et c'est dans la coopération avec nos voisins européens, avec nos partenaires à travers le monde que nous pouvons faire en sorte que l'apport des immigrés dans la société française soit reconnu à sa juste valeur et que certains de nos concitoyens, aujourd'hui égarés par des discours mensongers, ne se trompent pas d'ennemi.
ViePolitique.net- La dernière question n'en est pas une puisque c'est une tribune libre dans laquelle vous pouvez aborder un sujet de votre choix.
P. Laurent- La crise capitaliste avec son volet financier met au jour de terribles contradictions. La crise est en passe de balayer les paysans dont la situation s'est dégradée au point de fragiliser la souveraineté alimentaire de la France au moment même où les problématiques de la qualité de l'alimentation, la qualité de la vie, celles de nos modes de productions, de la maîtrise des territoires et des modes de développement sont devenues très présentes. Ne faudrait-il pas concevoir les choses de façon totalement renouvelée ? Karl Marx, en son temps, avait eu cette formule : « On ne vit pas pour travailler mais on travaille pour vivre. » C'est franchement à l'ordre du jour quand le mode de vie qu'impose la société capitaliste (la consommation, la précarité de l'emploi ou l'endettement, pour ne mentionner que ces aspects...) est si insatisfaisant pour le plus grand nombre, si injuste, aussi.
ViePolitique.net- Merci d'avoir répondu à nos questions
P. Laurent- Merci à vous, aurevoir
P. Laurent- Bonjour
ViePolitique.net- Vous venez de prendre la tête du PCF, des changements vont-ils avoir lieu au sein du parti ou serez-vous dans la continuité de l'action de Marie-George Buffet ?
P. Laurent- Transformer le PCF est le mandat pour lequel j'ai été élu. Nous avons changé d'époque et le temps où le capitalisme se posait comme un horizon indépassable est révolu. Il s'agit aujourd'hui d'inventer une société libérée de la loi des marchés et de toutes formes d'exploitation et de domination. Pour être utile à cela, le PCF renouvelle son projet et ses pratiques ; cela veut dire un parti qui encourage et valorise la réflexion et les échanges, la prise d'initiative et l'action militante, l'apport individuel et le travail collectif, le débat et la prise de décision démocratiques, les compétences et les capacités de ses membres et qui leur permet de les approfondir. Un parti qui est du combat présent contre les injustices et qui, en même temps, inscrit son intervention dans une perspective révolutionnaire, en rupture avec le capitalisme. Sous l'impulsion de Marie-George Buffet, le PCF a su évoluer ces dix dernières années tout en préservant son unité, stabiliser sa capacité militante, promouvoir une nouvelle génération de responsables et tout en étant des grands moments de luttes que notre pays a connu. Ces130 000 femmes et hommes d'âges, d'horizons et d'expériences divers forment un collectif qui s'est déjà beaucoup renouvelé et disposent d'une grande énergie pour préciser et populariser le projet communiste du 21e siècle.
ViePolitique.net- Les résultats électoraux du PCF sont en baisse depuis plusieurs années. Votre alliance avec le « Parti de Gauche » de Jean-Luc Mélenchon a plutôt bien fonctionné lors des récents scrutins. Comptez-vous continuer dans cette voie-là pour les scrutins futurs ?
P. Laurent- Oui, mais il s'agit de bien plus que d'une alliance bipartite : le Front de gauche est une dynamique de rassemblement qui s'étend, au-delà de nos seules formations, à d'autres organisations politiques, comme la Gauche unitaire, et à des militants et des responsables associatifs et syndicaux qui souhaitent que la gauche mette en œuvre une politique en rupture avec les dogmes libéraux. Ce rassemblement populaire possède un gros potentiel de développement s'il privilégie l'intervention citoyenne. Il constitue à nos yeux la voie à prendre si nous voulons vraiment que les choses changent dans ce pays. Lors de la dernière Fête de l'Humanité, nous avons lancé un appel aux citoyens, notamment aux acteurs du mouvement social en lutte contre la réforme gouvernementale des retraites, à se mêler dès maintenant directement du débat politique ; à passer ensemble un pacte d'union populaire qui énoncerait ce que la gauche devrait faire si elle gagnait les élections en 2012 pour défaire le pacte de l'argent scellé par Sarkozy et le Médef au Fouquet's en 2007.
ViePolitique.net- Serez-vous candidat à l'élection présidentielle de 2012 ? Le PCF participera-t-il à la primaire organisée par les socialistes ou s'alliera-t-il une nouvelle fois à Jean-Luc Mélenchon ?
P. Laurent- Pour ma part, je soutiendrai le candidat ou la candidate que le Front de gauche désignera au terme du processus de construction de ses propositions et de son projet politique. Je ne doute pas qu'il ou elle sera choisie parce qu'il ou elle sera le ou la mieux placée pour représenter le rassemblement populaire du Front de gauche et l'alternative à la droite qu'il incarne. Jean-Luc Mélenchon fait partie des possibilités qui s'offrent à nous, ainsi que celle du député communiste André Chassaigne ; quoi qu'il en soit, nous serons tous dans le Front de gauche. Nous n'avons donc aucune raison, vous voyez, d'intervenir dans le processus de désignation du candidat du Parti socialiste qui ne résume pas, à lui seul, ce qui se construit à gauche.
ViePolitique.net- Que pensez-vous de la réforme des retraites proposée par le gouvernement ? Pensez-vous que Nicolas Sarkozy peut céder à la pression de la rue et retirer sa réforme ? Que proposez-vous pour financer le système de retraites ?
P. Laurent- Ce projet gouvernemental n'a en réalité qu'un seul objectif : baisser significativement le niveau des pensions des futurs retraités. C'est un mauvais projet qui ne résout pas le problème du financement des retraites, qui spolie les salariés et hypothèque l'avenir ; tous les syndicats en ont convenu, cela a été massivement dénoncé et le gouvernement n'est plus en mesure de le nier. Cette réforme est à mettre à la poubelle et une véritable concertation nationale doit maintenant s'ouvrir. La journée du 12 octobre va, compte tenu des annonces de grèves connues à ce jour, peser dans la balance. Les députés du Parti communiste et du Parti de gauche ont, pour leur part, déposé un projet de loi alternative sur le financement des retraites afin de garantir le départ à 60 ans à taux plein. Nous faisons quatre propositions : réformer l'assiette des cotisations patronales ; instaurer une cotisation nouvelle sur les revenus financiers des entreprises et des institutions financières au même taux que la cotisation sociale patronale assise sur les salaires ; supprimer les exonérations de cotisations patronales les entreprises qui ne créent pas d’emploi ; taxer les revenus financiers et moduler au fur et à mesure la cotisation patronale. Ces nouveaux financements associés à une politique de relance de l'emploi qui s'attaquerait à la précarité et augmenterait les salaires aboutiraient à une autre réforme des retraites : juste et solidaire.
ViePolitique.net- Quelle est votre réaction suite aux polémiques de ces dernières semaines qui ont agité le sommet de l'État ? (Affaire(s) Woerth)
P. Laurent- Comme tous les Français, ma première réaction lorsque l'affaire Woerth-Bettencourt a éclaté fut l'indignation. Les relations personnelles et la convergence d'intérêts d'une partie de la classe politique, à droite, et la grande bourgeoisie ne sont pas une nouveauté. La majorité actuelle, très liée aux milieux d'affaires et au grand patronat, mène avec zèle une politique qui répond à leurs seuls intérêts – il n'en demeure pas moins que les pratiques de petits services entre amis, d'attributions complaisantes de récompenses ou de positions, d'exonérations fiscales en échange de soutiens financiers, sont inadmissibles. Le sentiment d'impunité qui s'est répandu chez certains leur ont fait perdre tout sens des responsabilités. Eric Woerth aurait dû avoir la décence de quitter le gouvernement le temps que toute la lumière soit faite sur son cas. Plus fondamentalement, il faudrait engager une refonte de nos institutions qui renforce les pouvoirs des assemblées et en garantisse de nouveaux aux citoyens.
ViePolitique.net- Selon vous comment peut-on lutter contre le chômage en France ?
P. Laurent- En cessant de considérer que c'est en abaissant le coût du travail qu'on améliore la santé économique de notre pays. C'est précisément cette logique qui a conduit à la crise actuelle. Les pouvoirs publics ont une responsabilité majeure pour faire cesser les licenciements dans les entreprises qui font du profit et pour relancer la politique industrielle de la France, s'appuyant notamment sur la valorisation de la recherche et la coopération. Le soutien de l'Etat doit aussi aller aux PME-PMI qui créent de l'emploi, font de la formation professionnelle, respectent l'environnement... L'État lui-même doit être à la hauteur des besoins dans les services et la fonction publics au lieu de détruire 86 000 postes comme il l'a fait depuis 2007. Dans les hôpitaux, l'éducation, les transports, la cote d'alerte est largement atteinte, les conditions de travail des agents sont devenues insupportables et les usagers sont gravement pénalisés. Et puis une exigence fondamentale est apparue au cours de ces dernières années où la souffrance au travail s'est répandue dramatiquement et où le droit à la retraite est remis en cause : sécuriser les parcours professionnels, se former tout au long de sa carrière pour accéder à des emplois à la hauteur de ses compétences et aspirations et qui répondent aux besoins de la société, la font progresser. Des fonds régionaux pour l'emploi et la formation financés en partie par une taxe sur les revenus et transactions financières pourraient servir une telle politique.
ViePolitique.net- Nicolas Sarkozy a-t-il pris les bonnes mesures après la crise ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?
P. Laurent- Mais nous sommes toujours dans la crise. Nicolas Sarkozy a fait de beaux discours mais la folie boursière est en train de reprendre comme s'il ne s'était rien passé. La crise financière montre que nous devons transformer le système bancaire et financier qui aujourd'hui menace des économies nationales entières. Savez-vous que ce sont 5 000 milliards de dollars, soit 10% des richesses de la planète, qui en 18 mois ont alimenté les marchés financiers pour sauver le système bancaire... jamais un tel effort n'a été fait pour sauver des populations de la famine. Les dirigeants capitalistes et les marchés en tirent-ils les enseignements, se remettent-ils en cause ? Pas vraiment. Avec un trader condamné, les banquiers se considèrent quittes envers la société. C'est en renationalisant les banques et en mettant en place un pôle public bancaire qu'on romprait avec la logique néolibérale. En Europe, cela implique une refondation des traités afin que les États, via les banques centrales nationales, reprennent la main sur la monnaie et le crédit.
ViePolitique.net- Le gouvernement a choisi de mener une politique d'austérité, certains parlent même de rigueur, pensez-vous que ce soit le bon moment pour mettre en place une politique de réduction des dépenses publiques ?
P. Laurent- Dominique Strauss-Kahn vient lui-même de reconnaître que les 3 raisons de la crise sont la croissance sans emploi, la chute des recettes fiscales et le coût des restructurations bancaires. C'est à tout cela qu'il faut s'attaquer car c'est la politique du gouvernement, entièrement vouée aux lois du marché, qui est en faillite et aggrave les problèmes économiques au lieu de les résoudre. Pour qu'il y ait croissance forte, il faut sauvegarder et développer l'emploi, soutenir les salaires et orienter les richesses créées vers les besoins sociaux et économiques et non à la spéculation. La politique d'austérité du gouvernement décidée par les ministres européens les 9 et 10 mai derniers, au moment de l'adoption du plan de sauvetage des banques, force les peuples à payer une crise qui les frappe déjà. C'est d'une injustice absolue quand le gouvernement est si complaisant avec les capitalistes : les niches fiscales et sociales des entreprises ont privé le budget de 172 milliards d'euros ; alors en matière de réforme de la fiscalité, tournons-nous donc de ce côté-là !
ViePolitique.net- Que pensez-vous du récent « virage sécuritaire » de la majorité ? Que proposez-vous en la matière ?
P. Laurent- Le discours de Grenoble du président de la République est un amalgame odieux entre immigration et sécurité ; cela n'a rien d'une politique de sécurité. Depuis 2002, 20 lois sur la sécurité ont été adoptées et depuis 2007, 12 000 postes ont été supprimés dans la police nationale ; d'ici 3 ans, 9 000 postes de plus seront détruits. Donc, dans les faits, l'Etat diminue les effectifs et les moyens de la police. La quasi privatisation de la police scientifique ne devrait d'ailleurs pas arranger les choses. Cela a empiré la situation des municipalités qui se trouvent alors seules et sans moyens dans un domaine qui relève de l'Etat. Le gouvernement abandonne aussi les professeurs, les associations, il abandonne les familles, les jeunes. Tout cela finit par produire des situations complexes dont les gens ne voient pas l'issue. Pour battre efficacement la délinquance, le grand banditisme qui sait se servir de la délinquance, pour faire reculer la violence dans une société qui encourage l'argent facile, il faudrait agir simultanément sur plusieurs fronts : augmenter et mieux répartir les effectifs de police, mieux les encadrer aussi, augmenter les moyens de la justice, soutenir activement les actions qui visent à remettre de la vie dans les quartiers, combattre les discriminations et favoriser la mixité sociale.
ViePolitique.net- Le texte d'Éric Besson sur l'immigration et la déchéance de la nationalité vient d'être débattu au parlement, qu'en pensez-vous ?
P. Laurent- De l'aveu même du ministre, les cas de déchéance de nationalité prescrits dans cette loi ne peuvent être qu'exceptionnels, du coup en faire une loi introduit un précédent douteux. Le plus grave dans ce texte est le fait d'introduire une différence dans la loi entre Français. Pour tout dire, cette loi est scélérate et heurte les fondements de notre Constitution et de la République. Ce ministère et les initiatives qu'il prend, qu'il s'agisse de cette loi ou du débat sur « l'identité nationale » sont des gages idéologiques d'un président et d'un gouvernement sectaires qui, pour rappel, parlent du colonialisme, comme d'un « défi de civilisation » (N. Sarkozy, 2007)... L'immigration en France est stable, elle n'est ni massive, ni majoritairement clandestine et c'est dans la coopération avec nos voisins européens, avec nos partenaires à travers le monde que nous pouvons faire en sorte que l'apport des immigrés dans la société française soit reconnu à sa juste valeur et que certains de nos concitoyens, aujourd'hui égarés par des discours mensongers, ne se trompent pas d'ennemi.
ViePolitique.net- La dernière question n'en est pas une puisque c'est une tribune libre dans laquelle vous pouvez aborder un sujet de votre choix.
P. Laurent- La crise capitaliste avec son volet financier met au jour de terribles contradictions. La crise est en passe de balayer les paysans dont la situation s'est dégradée au point de fragiliser la souveraineté alimentaire de la France au moment même où les problématiques de la qualité de l'alimentation, la qualité de la vie, celles de nos modes de productions, de la maîtrise des territoires et des modes de développement sont devenues très présentes. Ne faudrait-il pas concevoir les choses de façon totalement renouvelée ? Karl Marx, en son temps, avait eu cette formule : « On ne vit pas pour travailler mais on travaille pour vivre. » C'est franchement à l'ordre du jour quand le mode de vie qu'impose la société capitaliste (la consommation, la précarité de l'emploi ou l'endettement, pour ne mentionner que ces aspects...) est si insatisfaisant pour le plus grand nombre, si injuste, aussi.
ViePolitique.net- Merci d'avoir répondu à nos questions
P. Laurent- Merci à vous, aurevoir



