Interview : Gérard Schivardi












Interview pour ViePolitique.net de Gérard Schivardi, candidat à la présidentielle de 2007 et secrétaire national du POI (Parti Ouvrier Indépendant)



[Interview publiée le 30 Novembre 2010]


ViePolitique.net- Bonjour Monsieur Schivardi
G. Schivardi- Bonjour

ViePolitique.net- Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre mouvement, le Parti Ouvrier Indépendant (POI) ?
G. Schivardi- Le Parti Ouvrier Indépendant a été constitué en 2008 par des élus, des syndicalistes et des militants des différents courants du mouvement ouvrier : communistes, socialistes, trotskystes, anarchosyndicalistes etc. qui estimaient nécessaire que la classe ouvrière et les couches sociales qu’elle entraîne soient représentés politiquement … C’est un parti de lutte de classe qui combat pour la rupture avec l’Union Européenne, pour la nationalisation des moyens de production et d’échange, la reconquête de la démocratie politique, le socialisme et la République.

ViePolitique.net- Le POI présentera-t-il un candidat à la présidentielle de 2012 ? Si oui, serez-vous ce candidat ?
G. Schivardi- Le problème de l’heure est de bloquer la politique du gouvernement Sarkozy, pas de disserter sur 2012. Toutes les discussions sur ce sujet servent à camoufler ce qui se passe actuellement. Le POI n’a pas pris de position sur l’élection présidentielle de 2012.

ViePolitique.net- Quels enseignements tirez-vous du « conflit des retraites » ? Quelles solutions alternatives proposez-vous pour financer le système de retraite par répartition ?
G. Schivardi- Constatons tout d’abord que le mouvement de millions de travailleurs dans la grève a été à deux doigts de gagner et de faire retirer le projet de loi ; Il s’en est fallu de peu. Examinons ce qui a manqué pour l’emporter. D’abord il n’y a aucune nécessité d’une réforme des retraites car il n’y a pas de déficit des retraites. Tous ceux qui prétendent le contraire apportent de l’eau au moulin du gouvernement. Regardez le prétendu défit de l’Etat qui sert de prétexte à cette contre reforme cette année : 145 milliards. C’est l’équivalent, au total, des exonérations des cotisations patronales, des avantages fiscaux accordés aux patrons et du paiement des intérêts de la dette aux banques… Elle sert donc uniquement à satisfaire la spéculation. La « démographie » servant de support à l’allongement de la durée cotisée a bon dos. Je vous rappelle que c’est Jospin et Chirac qui ont signé ensemble en 2002 à Barcelone la décision de faire travailler tout le monde 5 ans de plus. Nous voyons là l’origine du consensus entre le gouvernement et les partis se réclamant de la gauche dont aucun parlementaire n’a demandé le retrait de la loi Sarkozy. Bien au contraire, ils ont joué le jeu des amendements sur la ligne de l’allongement du nombre d’années cotisées.
Cette orientation s’est reflétée dans le mouvement ouvrier où des appareils, à la tête de certaines organisations qui ont organisé « l’Intersyndicale », ont « monté » les journées d’action saute mouton à répétition, s’opposant à la volonté qui montait d’en bas, et qui s’est manifestée par de nombreuses prises de positions syndicales pour appeler à la grève jusqu’au retrait. Nous allons tirer le bilan de ce mouvement dans une conférence nationale, le 11 décembre, qui va regrouper entre 3 et 400 délégués ouvriers de toutes tendances afin de discuter des moyens de réaliser l’Unité pour bloquer la politique du gouvernement.

ViePolitique.net- Quelle est votre réaction suite aux polémiques de ces dernières semaines qui ont agité le sommet de l'État ? (Affaire Karachi, Affaire(s) Woerth/Bettencourt)
G. Schivardi- Ces scandales sont l’expression de la décomposition des institutions de la 5ème République Cela nécessite qu’on en finisse avec ces institutions et que soit élue une assemblée constituante souveraine qui rétablisse la démocratie politique dans ce pays… Vous me permettrez une note plus personnelle : quand j’entends les sommes faramineuses qui ont circulé en espèces sur les comptes de campagne de certains hommes politiques, et que ces comptes ont été approuvés par le Conseil constitutionnel alors que ce même Conseil constitutionnel a invalidé mon élection parce que j’avais payé de ma poche 243,50 € à l’imprimeur, au lieu de les faire payer par l’Etat, je me dis que ces institutions ne sont pas vraiment au service du peuple mais au service d’une classe sociale bien précise !

ViePolitique.net- Que pensez-vous du nouveau gouvernement Fillon ?
G. Schivardi- C’est un gouvernement qui a décidé d’aller jusqu’au bout dans les contre-réformes dictées par l’Union européenne et le FMI… Il va s’attaquer sous prétexte de « dépendance » à la Sécu de 1945 basée sur le salaire différé pour faire rentrer les assurances privées… Maintenant, avec le mouvement de classe très profond qu’il a dû affronter sur les retraites, il a besoin d’un consensus encore plus fort avec les dirigeants de gauche et ceux des appareils syndicaux pour passer ! D’où le prétendu « débat national » qu’il engage sur la « dépendance » et la mise en place de la contre-réforme dite de la représentativité syndicale visant à soumettre les organisations syndicales à l’Etat.

ViePolitique.net- Nicolas Sarkozy a-t-il pris les bonnes mesures après la crise ? Qu'auriez-vous fait à sa place ?
G. Schivardi- Moi pas grand-chose… Mais une Assemblée constituante souveraine, c'est-à-dire rompant avec le FMI et l’UE, aurait confisqué les avoirs des banques, les profits spéculatifs, nationalisé les banques et les secteurs clés de l’industrie. Un gouvernement responsable devant elle aurait pris les mesures d’urgence pour sauver la population : interdiction des licenciements, augmentation des salaires, rétablissement du monopole public de la Poste, de la SNCF, de l’EDF-GDF. Un gouvernement de ce type aurait abrogé toutes les contre-réformes visant à permettre aux spéculateurs d’étendre leur mainmise sur toute l’économie. Un tel gouvernement abrogerait la réforme territoriale et rétablirait la libre administration des communes et des départements ainsi que les moyens financiers de l’exercer.

ViePolitique.net- Le gouvernement a choisi de mener une politique d'austérité, certains parlent même de rigueur, pensez-vous que ce soit le bon moment pour mettre en place une politique de réduction des dépenses publiques ?
G. Schivardi- Disons le tout net : la dette invoquée pour mener cette politique n’est pas celle du peuple et celui-ci n’a pas à la payer. Je vous rappelle que les banques ont bénéficié de l’aide publique à hauteur de 400 milliards d’Euros. Regardez les conséquences des suppressions d’emplois dans les hôpitaux : la saturation des urgences, les accidents qui se multiplient malgré le travail des médecins et des infirmières… la catastrophe dans l’Education nationale, et je ne vous parle pas de la situation du logement ! Dans mon département, le président du Conseil général PS supprime des postes de TOS ... ça ne va pas diminuer l’attente des élèves de collèges à la cantine … Dans l’Hérault, le président PS du Conseil général supprime les aides aux communes. Résultat : les employés des communes en contrats aidés sont licenciés… Dans le Val de Marne, le président PCF du Conseil général supprime les aides aux crèches communales…
Il faut rétablir les postes d’agents publics et de fonctionnaires supprimés. Il faut que les présidents « de gauche » des Conseils généraux arrêtent de supprimer des postes de fonctionnaires territoriaux et de reporter ainsi sur la population la politique du gouvernement. Evidemment, cela suppose de s’engager dans une politique de rupture avec le remboursement de la dette !

ViePolitique.net- Pensez-vous que la crise économique et la crise écologique sont liées ? Doit- on en finir avec le libéralisme pour régler les problèmes écologiques ?
G. Schivardi- Les maux dont souffre l’humanité sont la conséquence de la survie d’un système capitaliste en décomposition qui, pour assurer le profit, détruit les forces productives, à commencer par les forces vives que sont les hommes ! Le week-end dernier, j’ai participé avec le POI à une Conférence internationale contre la guerre et l‘exploitation appelée par l’Entente internationale des travailleurs et des peuples, et qui a réuni 450 délégués de 61 pays à Alger …. Il y avait des délégués haïtiens à cette conférence : après les 220 000 morts du tremblement de terre, les 1 250 morts de l’épidémie de choléra, les troupes d’occupation de l’ONU, on tire sur les manifestants qui réclamaient « Vive Haïti libre sans Minustah (les troupes d’occupation), ni Cholera importé ». Plusieurs morts ! C’est ça, la destruction des forces productives par le capitalisme, pas seulement celle de la nature ! La conférence d’Alger a lancé un appel international contre la guerre et l’exploitation.

ViePolitique.net- Que pensez-vous des propositions formulées par Nicolas Sarkozy lors du discours de Grenoble ? Que proposez-vous en matière de sécurité ?
G. Schivardi- Le discours de Grenoble avait pour objet de focaliser l’attention des médias sur une catégorie de la population désignée comme bouc émissaire pour détourner l’attention sur les véritables problèmes… C’est une politique visant à briser la résistance de la classe ouvrière ; il veut instaurer le communautarisme opposant les uns aux autres ! On commence par les gitans, puis les Roms … ça ne vous rappelle rien ?

ViePolitique.net- La dernière question n'en est pas une puisque c'est une tribune libre dans laquelle vous pouvez aborder un sujet de votre choix.
G. Schivardi- Depuis sa constitution en 2008, malgré les conférences de presse qu’il anime, les manifestations qu’il organise, les communiqués qu’il publie, les diffusions organisées dans tout le pays par ses 8 000 militants, le POI est boycotté par les grands médias de ce pays. Peut-être en trouverez-vous la raison à la lecture des réponses que j’ai faites à cette interview. Vous souhaitez contacter des militants du POI pour discuter de ce que pouvons faire ensemble, vous voulez connaître le journal « Informations ouvrières », qui lui ouvre ses colonnes, vous avez des propositions à faire …. www.parti-ouvrier-indépendant.com

ViePolitique.net- Merci d'avoir répondu à nos questions
G. Schivardi- Merci à vous, aurevoir




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